Le Médium Saignant

février 17, 2010

La chance au travers des cendres (nouvelle)

Filed under: Littérature — lemediumsaignant @ 4:58

 11 septembre 2001, 7h09

Ce n’est pas vraiment le fait d’avoir un café dans une main, un portable sur mes cuisses, des lunettes sur le bout du nez et une musique jazz en trame sonore qui m’aidera à trouver une quelconque inspiration.  Outre cette image de parfait écrivain crédible, je n’ai ni l’inspiration, ni de réel talent pour ce titre attribué par le New York times l’an dernier. Un simple roman, imaginé, écrit, corrigé et publié en deux ans tout au plus, fût nécessaire pour qu’un journaliste, générateur d’une certaine épidémie d’acclamations, il doit s’en dire, proclame mon travail de best seller, ou encore de ‘’most beautifull love story written since twilight’’. Flatté, je reçus de nombreux appels d’éditeurs voulant rendre mes futurs livres encore plus populaires.  J’ai peine à croire qu’un simple comptable réussisse à changer de vie en quelques années seulement. J’ai donc passé du petit nouveau du bureau à grand écrivain new-yorkais. J’ai passé aussi d’un salaire modeste à un revenu extravagant, d’un 2 et demi à l’acquisition d’un appartement plus grand que ceux des films américains … et j’exagère à peine.  L’histoire trépidante d’un journaliste international et d’une Africaine démunie fut, semble-t-il, bien accueillie par les lecteurs. Or, cette idée avait germé dans ma tête à la suite de mon voyage en Afrique du Sud, et après plusieurs nuits blanches, j’avais constaté que cette simple idée s’était transformée en réel projet. La chance m’avait souri lorsqu’un ami m’avait présenté à un journaliste, qui m’avait présenté à une maison d’édition. Je me retrouvai alors dans une librairie, quelque temps plus tard, à regarder, incrédule, un livre bleu, taché de lettres ocres : 12 761 kilometers, by Mark O’connor.  

J’avais vécu pendant 3 ans la vie rêvée : une sorte de rêve idéalisé par tout Américain, nommé le Succès. Or, tout ce qui monte redescend. Matthew, mon éditeur, me suppliait sans cesse d’écrire de nouveau, sans quoi il ne pourrait plus calmer sa maison d’édition, de plus en plus impatiente.  Ils étaient tous découragés, y compris moi. Il faut croire que j’avais eu raison, mon roman n’était qu’une chance inexplicable. Je ne pourrais pas répéter cette recette fructueuse.

J’avais réellement essayé : les trucs farfelus et extravagants avaient été testés, rien n’y faisait. Je demeurais là, à contempler une page blanche.  Et aujourd’hui, c’est encore ce que je fais, espérant réellement trouver une idée, n’importe quoi. Les sentimentaux croyaient que je manquais d’une dose d’amour véritable. Moi, je croyais qu’il ne me manquait que du talent.

Éreinté, j’allais tout fermer lorsqu’un bruit effrayant, suivi d’une secousse violente me parcourut en entier. Je dévalai les escaliers en trombe, ne comprenant pas ce qui se passait. Une fois dehors, je crus d’abord à une fin du monde. L’air était gris, suffocant. J’assistai alors à ce qui serait l’un des événements le plus horribles de l’humanité, ce dont tout le monde se souviendrait comme les attentats du 11 septembre.

Et puis, au travers de cette poussière, des cris et des pleurs, je vis une femme, dotée d’une grande beauté, mais avec un regard effrayé. Elle emménageait dans l’appartement d’à côté. Une boîte s’était écrasée à ses pieds. Un lien étrange nous anima alors : celui d’une cicatrice future et invisible, que les années ne se plairaient pas d’effacer.

6 juillet 2003, 11h36

«Marcher, attendre, avancer, vivre… peut-être même aimer. Tout avait changé depuis que Noah avait été tué. J’avais essayé d’oublier, mais malgré tout, j’étais toujours le même homme : un homme en peine. J’avais réussi à apaiser cette souffrance. Or, le ciel était toujours gris. La vie toujours maussade. La mort de son assassin n’avait rien changé. Ma femme, qui n’avait jamais réussi à surmonter la mort de son fils, ne m’était pas revenue. Noah n’était pas revenue. Le souvenir de son rire cristallin et plein de vie s’estompait peu à peu. Je pouvais toujours essayer de courir, de marcher, de pleurer… il ne me reviendrait jamais. J’eus beau fermer les yeux et prier, lorsque j’ouvrais mes paupières, Noah n’était pas là.

Noah ne serait jamais plus avec moi.»

C’est ainsi que je terminai mon roman. Rempli avec toute la tristesse et tout le désespoir que cette journée nous avait tous inspirés. Peut-importe s’il ne remplissait pas les attentes des lecteurs romantiques qui m’avaient suivi.

Cette journée ne m’avait pas seulement donné cette peine universelle, elle m’avait aussi donné plus important. Cette femme rencontrée ce 11 septembre, que j’ai appris à connaître sous le nom de Mary, s’était transformée en voisine, en amie, en confidente, en compagne et contrairement à ce que je croyais, je dois bien l’avouer, outre mon orgueil masculin,  j’avais bel et bien trouvé de l’inspiration dans l’horreur, mais surtout, dans l’Amour.

Stéphanie Benoît

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