Le Médium Saignant

mars 20, 2010

Les sept derniers jours de l’humanité

Filed under: Littérature — lemediumsaignant @ 3:51

 

Je me souviens. Je me souviens lorsqu’il y avait encore de l’eau qui coulait à profusion du robinet. Je me souviens lorsque les arbres étaient encore verts et pleins de vie. Je me souviens lorsqu’il y avait de la neige pendant une courte période de l’année, et un soleil lumineux et joyeux à l’été. Je me souviens lorsqu’il y avait plus de 6  milliards de personnes sur Terre. Toutes les technologies, les inventions et les idées seront oubliées. Nous avons cru être forts par notre intelligence, mais nous avions tort. Nous avons occasionné notre propre perte. La perte de l’humanité. J’avais dix ans lorsque l’ère d’une fin du monde imminente m’a frappée. C’était en 2021. J’ai aujourd’hui 56 ans. Nous sommes le 12 janvier 2067, et la planète Terre n’est plus. Dans une semaine, plus personne n’existera. Dans une semaine, je serais mort… et vous aussi.

 

7 jours avant la fin du monde.

 

J’avais l’habitude de faire d’immenses bonshommes de neige étant jeune. Ils avaient tous de grands yeux noirs, un long nez et une belle bouche souriante. La neige était toujours synonyme de joie chez moi. En 2021, l’éternel coton blanc ne tomba pas du ciel. Ce fut mon Noël le plus triste. La panique s’étalait sur le visage de chacun. Nous savions que nous avions franchi un cap important, irréversible. Au cours des années suivantes, les degrés augmentèrent de plus en plus, et les froides températures n’étaient plus que légende du passé, un souvenir pour les gens plus vieux.

 

Aujourd’hui, j’ai ouvert de vieux albums photo. J’ai pleuré en voyant la neige. J’ai pleuré en voyant les arbres. J’ai pleuré parce que plus rien n’est comme avant. Si nous avions su, qu’aurions-nous fait de différent ?

 

6 jours avant la fin du monde.

 

Je regarde tristement du coin de l’œil l’espace vide qui se retrouve au-dessus du comptoir de cuisine. J’ai enlevé les robinets parce qu’ils ne m’étaient plus utiles ; le gouvernent du Canada a coupé l’eau en 2029, jugeant que trop de gens se servaient inutilement de l’eau courante, et pensant que l’état était critique. Nous avons appris cette année-là à aller chercher notre eau, copieusement rationalisée, dans une usine centrale. À peine de quoi survivre, les bains étaient prohibés, l’arrosage des gazons étaient passible d’emprisonnement, et les piscines n’étaient qu’un fantasme de gosse. Nous vivions comme les gens des pays les plus pauvres. Il m’est arrivé, cette année-là, de me demander comment ils pouvaient survivre, eux, si nous arrivions à peine à mimer un semblant de vie normale. J’ai appris un peu plus tard que bon nombre d’entre eux avaient péri. Nous n’avons rien fait, à l’instar de nos habitudes. Nous les avons laissés mourir, et nous en payons le prix aujourd’hui.

 

5 jours avant la fin du monde.

J’ai peine à croire que nous allons tous mourir. La perspective que plus rien n’existera après va au-delà de l’entendement. Je n’ai jamais cru en un dieu quelconque, mais le seul réflexe qui me vient en tête est de prier. Prier parce qu’il n’y a rien d’autre à faire. Les scientifiques ont cherché une solution, mais en vain. Plusieurs villes ont été rayées de la carte mondiale. La fonte des glaces en 2036 fut fatale pour de nombreuses villes célèbres telles New York, Montréal et Mexico, et presque toutes les îles furent englouties. De nombreuses populations n’ont malheureusement pas eu le temps de s’échapper. Ma femme fut l’une de ces victimes. 

 

4 jours avant la fin du monde.

 

De nombreuses maisons sont tombées aujourd’hui. En fait, la quasi-totalité de la catégorie modeste n’est que chose du passé. J’ai la chance d’habiter dans l’une de ces hautes maisons de riches, et j’ai réussi à passer au travers de cette secousse. Après les épisodes d’inondations de 2036, nous avons été obligés de revoir le plan des villes. Plusieurs ingénieurs ont constaté que la meilleure solution était de construire des maisons surélevées, moyennant des coûts astronomiques. En 2043, lors des débuts des travaux, de nombreux suicides sont survenus par ceux qui s’avouaient monétairement vaincus. Malheureusement, ces maisons ne sont pas à l’épreuve de toutes les catastrophes. Malheureusement, mon meilleur ami n’a pas survécu, et contrairement à ce que je croyais, j’ai eu encore assez de larmes pour pleurer sa mort.

 

3 jours avant la fin du monde.

 

Ma fille est venue avec sa famille habiter chez moi pour vivre nos derniers jours ensemble. J’ai donc accueilli, dans un espace assez restreint, 6 nouvelles personnes. Malgré tout, ce fut la joie pour nous tous, heureux de pouvoir se retrouver. Vers 22 heures, nous avons calfeutré les fenêtres afin d’empêcher le soleil d’entrer. Depuis 2056, aucune nuit n’est venue combler mes précieuses heures de sommeil. La lune apparaît, certes, mais le soleil ne s’éteint jamais, il est devenu beaucoup trop gros. Mais cela fait plus de dix ans maintenant, et nous nous en sommes accommodé… comme pour tout le reste.

 

2 jours avant la fin du monde.

 

J’ai de plus en plus de difficulté à respirer, et ce, malgré le masque à oxygène qu’on nous a distribué en 2061. Sans masque, aucun humain ne peut survivre. L’air, cette année-là, était tellement pollué que de nombreuses personnes sont mortes avant même d’avoir reçu leur nouvel instrument de survie. La race humaine dégringolait à la vitesse de l’éclair. Nous étions alors plus que 1 million. Nous sommes aujourd’hui 200 000.

 

Il faut continuer à écrire… Je ne sais pas pourquoi, mais il le faut…même si je ne serai jamais lu.

 

1 jour avant la fin du monde.

 

J’ai peur. Terriblement peur. Dans moins de 24 heures, je ne tiendrai plus jamais ma fille dans mes bras, je n’aurai plus jamais la chance de voir sourire mes petits enfants. Nous avons appris, il y a à peu près un mois, que le coup final de la rapide descente vers la fin du monde serait l’explosion du noyau terrestre. Ironie du sort : nous nous sommes détruits nous même, et la planète s’autodétruira elle aussi, à l’instar de ses habitants.

Je n’arrive plus à comprendre ce qui m’arrive. Je n’arrive plus à vivre, à survivre. Malgré toutes les inventions humaines, nous n’aurons pas réussi à nous sauver.

 Je n’ai pas envie de pleurer… je n’en ai même plus la force.

 Je n’ai pas envie d’écrire Adieu… cela serait trop cliché.

 

Jour de la fin du monde.

 

Je m’appelle Allan Johannsen. J’ai 56 ans. Hier était le dernier jour de l’humanité, et aujourd’hui est le premier. Tout a recommencé…   

 

Par : Stéphanie Benoit

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