Le Médium Saignant

septembre 19, 2010

L’art de cacher des graines dans ses poches (partie 1)

Filed under: Actualité et politique — lemediumsaignant @ 2:14

Maître chez nous, maître dans mon assiette!

Peu avant sa mort, j’assistai à une conférence donnée par le souverainiste aux propos iconoclaste : Pierre Falardeau. Durant la période de questions, une des assistantes lui fit valoir son opinion à savoir que le discours indépendantiste était dépassé et qu’il y avait des causes bien plus importantes et pressantes telles que la protection de la planète. À cela, M. Falardeau, pareil à lui-même, rétorqua qu’il n’y avait rien de plus important que la liberté souveraine. Et il avait raison.

Car, qui dit nature dit ressources naturelles et qui dit ressources naturelles dit gestion de ces ressources. Ainsi, un peuple ne peut protéger l’écologie de son territoire que s’il est globalement libre et indépendant. Ici, je traiterai particulièrement de l’industrie agroalimentaire. Un peuple, s’il veut choisir librement les aliments de son assiette, se doit d’être localement le chef légitime des moyens de production. Or, on assiste complètement à l’inverse avec l’arrivée du quasi-monopole de Monsanto sur la scène internationale.

Afin de mieux cerner le paysage agricole, permettez-moi de vous raconter la brève histoire du maïs. Au commencement, quelque part en Amérique, il y avait une souche de céréale sauvage qui goûtait bon. Alors, tout opportunistes et soucieux de leur estomac qu’ils étaient, des hommes et des femmes se mirent à domestiquer cette plante. Puis, d’année en année, les plantes les plus vigoureuses purent survivre et les graines les plus savoureuses furent replantées. Ainsi, lentement mais sûrement, le patrimoine du maïs se transformait selon les immuables lois de la sélection artificielle (il faut lire sélection opérée selon les critères subjectifs des cultivateurs) pour le plus grand bonheur des hommes et la plus grande vitalité des cultures. Vers 1494, Christophe Colomb découvrit l’Amérique et ce maïs dont il rapporta quelques semences sur le vieux continent. Aujourd’hui, cette plante, symbole de la culture intensive, est la plus cultivée mondialement.

Durant la période 1943-1970, la révolution verte permit d’éviter la famine planétaire avec l’introduction des engrais et des pesticides. À partir de ce moment, les productions augmenteront sans cesse au prix d’une dépendance grandissante pour ces technologies. Ainsi, devenant dépendant des pesticides le système immunitaire des plants s’affaiblit (il s’agit du même phénomène lorsque nous consommons trop d’antibiotique, le corps laisse les médicaments agir et cesse de mettre en action ses propres mécanismes d’autodéfense). Les insectes et les mauvaises herbes s’adaptent et se transforment selon les lois immuables de la sélection naturelle (il faut lire survivance des plus résistants selon la distribution aléatoire des caractères héréditaires) pour devenir de plus en plus tolérants aux pesticides. Conséquence : l’industrie fabrique de nouveaux produits de plus en plus performants rendant à la fois le producteur et son produit de plus en plus dépendants de l’industrie chimique.

Et puis depuis peu, une nouvelle technique s’imposa comme une traînée de poudre. Il s’agit du maïs transformé génétiquement (OGM). Plus que jamais, la frontière de la liberté alimentaire recula profondément. Ce maïs OGM fabriqué par Monsanto a pour caractéristique de résister à l’herbicide qui est produit…vous l’avez deviné : par nul autre que Monsanto. Au final, le producteur n’est plus seulement dépendant d’un produit dérivé de sa production (les engrais), mais de son bien de production même. C’est-à-dire les semences.

En un mot, le consommateur n’a plus le choix de manger du blé d’Inde transgénique. Non parce que les producteurs sont paresseux de créer de la qualité gastronomique, mais parce qu’ils n’ont pas le choix de produire ce maïs hyperperformant, mais ultrafragile et peu savoureux s’ils veulent survire sur un marché normalisé. Au terme de cette brève histoire, nous avons assisté à la transformation d’une plante totalement libre de pousser là ou le vent l’amène vers un plant qui, progressivement au fil des générations de domestication, est devenue une chimère génétique totalement soumise, incapable de vivre sans ses suppléments alimentaires, combinée par de fortes doses de médicaments anti-peste et assisté in vitro lors de la reproduction.

Tiens, cela me fait étrangement penser à une histoire de production porcine…mais ça, c’est une autre histoire.

Philippe Heine

À LIRE: L’opinion d’Antoine sur le même sujet, L’art de cacher des graines dans ses poches (partie 2)

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