Le Médium Saignant

septembre 19, 2010

L’art de cacher des graines dans ses poches (partie 2)

Filed under: Actualité et politique — lemediumsaignant @ 2:49

Vers un monopole de la bouffe

Je me trouvais à l’université de Waterloo, en Ontario, à regarder certains babillards et leurs affiches, emplis de lassitude. Alors que mes yeux scrutaient nonchalamment les titres, je me suis arrêté à quelques mots sur des programmes techniques d’agriculture. Un étudiant aux habits mi-fermier mi-professionnel semblait nous dire de son sourire qu’il y avait là bien des « opportunités de carrière ».

* Placement assuré une fois la technique finie

* Milieu stimulant et professionnel

* Etc. …

Signé Monsanto.

Ah, la sapristoche!, me suis-je exclamé en bon québécois.

Cette compagnie n’offrait pas seulement un emploi, mais un programme en entier, désigné pour former ses travailleurs. Le pire, elle n’a pas à payer pour cette formation, nous le faisons pour elle! Continuons l’histoire sous un autre aspect qui est encore plus curieux…

Il arrive même qu’afin de prévenir la collecte des semences, les laboratoires de modification transgénique modifient les plants afin qu’ils deviennent infertiles.

J’étais à travailler dans une ferme bio avec une fermière pas mal hippie et folâtre. Alors qu’elle asséchait certains vieux plants dans des sacs pour en récolter les semences de l’été prochain, elle a commenté que c’était là chose du passé. Elle m’a expliqué que de nos jours, il faut acheter ses graines, car si on les récolte l’on peut se faire prendre par des inspecteurs appartenant à de grosses corporations et recevoir une énorme contravention. Fort heureusement, son domaine est assez petit pour qu’on la laisse en paix. Mais je ne comprenais pas. Les graines que l’on récolte d’un plant de tomate ou de basilic, de carotte ou d’ail, d’oignon ou de betterave ne sont la propriété de personne, non?

Et bien, non seulement elles sont la propriété de grosses corporations, mais c’est bien plus qui est en leur possession : la combinaison génétique de plantes créées en laboratoire est brevetée à leur nom. Cela veut dire que c’est comme lorsque l’on veut utiliser une composition musicale (une toune) à des fins de diffusion publique et qu’il faut en payer les droits d’auteur. Voilà. Il y a des droits d’auteur sur les patates que vous mangez au resto autant que sur celles que vous faites pousser dans votre jardin.

Les producteurs doivent payer pour s’approprier ces grains. Il arrive même qu’afin de prévenir la collecte des semences, les laboratoires de modification transgénique modifient les plants afin qu’ils deviennent infertiles. Toutefois, leur meilleure stratégie commerciale consiste à les rendre plus résistants à certains pesticides (que ces mêmes compagnies produisent dans la plupart des cas) ou à certaines intempéries. Ce qui se passe alors est bien surprenant. Les fermes sans pesticides voient les insectes ravageurs redoubler chez eux puisque ceux-ci ne peuvent aller aux fermes pesticidées.

Les fermes qui ont des récoltes sans OGM se rendent compte (après la venue d’un inspecteur) qu’ils cultivaient sans le savoir des espèces transgéniques puisque celles-ci ont remplacées les antérieures, dû au fait qu’elles survivent plus facilement.

Je plaide donc dans cet article en faveur de la souveraineté alimentaire.

Éventuellement, toutes les grandes fermes finissent par devoir acheter leurs semences puisqu’il devient impossible de ne pas cultiver leurs « produits ». Ainsi, un processus aussi simple et logique que la récolte des semences est en train de disparaître. Les moyens de production de notre nourriture ne nous appartiennent-ils tous pas par vertu de la simplicité des processus terrestres avec lesquels nous avons appris depuis des millénaires à utiliser à notre avantage?

Je ne suis pas contre les OGM. Ils sont un bel éventail des possibilités technologiques à venir pour contrevenir à la famine, par exemple. Toutefois, si l’on ne peut plus faire pousser un plant de tomate puis en subtiliser à sa mort, lorsque la plante s’assèche, les grains assurant la continuité du cycle de l’agriculture, c’est alors que l’on s’est fait voler sans le savoir l’une des plus importantes étapes de la culture maraîchère, et par le même fait le droit naturel que nous avons de cultiver sans avoir à en demander la permission à de grosses corporations. Breveter une espèce vivante, quelle qu’elle soit, n’est ni acceptable ni respectable. Je plaide donc dans cet article en faveur de la souveraineté alimentaire.

Pour plus d’info, voir http://www.csa-be.org

ou le documentaire « Le monde selon Monsanto – de la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien » de Marie Monique Robin

Antoine G.Lepe

Nous vous invitons à continuer le débat sur le site du journal en laissant vous commentaires sous notre rubrique.

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