Le Médium Saignant

mars 24, 2011

LA HAUSSE DES FRAIS DE SCOLARITÉ : ANTI- PATRIOTIQUE

Filed under: Actualité et politique,Actualité Marie-Vic,Édition d'Avril — lemediumsaignant @ 3:59

Sur les campus du Québec, la hausse des frais de scolarité est partout. On la taque sur tous les murs, on la distribue dans tous les tracts et on parle d’elle en Assemblée Générale. Cette hausse draconienne n’est, à mon avis, pas uniquement l’affaire de la gauche et des étudiants soucieux de moins se faire plumer les poches. En effet, l’éducation est l’affaire de tous, car peu importe nos idées et intérêts politico-économiques individuels, elle est la chose la plus précieuse qu’une société peut léguer à la prochaine génération. En guise de rappel, le gouvernement de notre cher leader Jean Charest s’expose toujours en trois propositions principales.

Premièrement, la perturbation causée par les 4000 étudiants et étudiantes qui sont montés à Québec le 6 décembre dernier a fait en sorte que la Rencontre des Partenaires Universitaires n’a pas porté fruit et qu’aucun consensus ne s’est dégagé quant à la manière exacte de monter nos frais de scolarité. Alors, le premier des trois scénarios a été obtenu par l’ASSÉ grâce à une fuite d’information au MELS (Ministère de l’éducation, du loisir et du sport). C’est une augmentation de 500$ par année à partir de 2012. Cette augmentation serait en vigueur jusqu’à l’atteinte de frais de scolarité avoisinant 80% de ce qui est payé en moyenne dans le reste du Canada. Grâce aux combats réguliers menés par le mouvement étudiant québécois, plusieurs gels des frais de scolarité ont contribué à ce que nous puissions nous éduquer à prix raisonnable dans des conditions plus saines que dans le reste du pays. Pour vous donner une échelle de comparaison, la moyenne canadienne s’élève à 5350$ par année. Alors, quand la ministre Courchesne disait que son projet nous coûterait une bière par mois, en fait, il vous faudrait acheter à chaque année une Volkswagen Jetta 2003 comme celle-ci. Je ne pense pas que cette dépense fera du bien au compte de banque d’un étudiant au salaire minimum… ni à ses études si ce travail lui demande trop d’heures.

Un second scénario serait « la modulation des frais selon le programme d’étude ». Autrement dit, certains programmes seront plus chers que d’autres en fonction du coût qu’ils représentent pour l’université (enseignant, matériel, etc). Ce scénario créera donc une discrimination riches/pauvres entre les étudiants ; les moins riches iront dans des programmes moins coûteux et les plus riches iront dans des programmes plus coûteux (et parfois garants d’un meilleur salaire), alors qu’un étudiant moins riche avait peut-être de meilleurs résultats scolaires et aurait pu être accepté à la place du plus riche. Vous voyez quelle injustice est en train de faire ce gouvernement mené par le Parti libéral, alors qu’à leur assermentation, tous nos députés jurent qu’ils exerceront leurs « fonctions de député avec honnêteté et justice… »

Deuxièmement, on voit déjà ici un affront aux principes premiers de la patrie que ces députés sont sensés servir et honorer, car c’est, à mon avis, une injustice que de préférer choisir les étudiants d’un programme en fonction de leur revenu (origine sociale) plutôt que selon leurs résultats et aptitudes scolaires garantes d’efficacité, de sérieux, de mérite et de compétence. Les chiffres en donnent la preuve : lorsque les frais de médecine ont augmenté en Ontario de 5 000 à 14 500 $ (une « modulation selon le programme d’étude »), la présence des étudiants provenant des familles à faible revenu est passée de 23 % à 10 %.

Troisièmement, on prévoit une fonte de l’ordre de presque 50%. Dans un tel cadre, imaginez un étudiant d’une famille à faible revenu qui bûche pour réussir au secondaire ses mathématiques SN (536 avant la réforme), son chimie-physique (les deux cours du même nom répartis sur deux ans avant la réforme) et qui vit dans une famille où on préfère voir les enfants travailler tôt. L’étudiant devrait conclure et réaliser que s’endetter à l’université, travailler fort et vivre longtemps chez ses parents n’est pas une chose à faire et que finalement, ça ne lui servirait à rien d’entretenir son talent au secondaire parce qu’il n’a pas d’avenir dans le domaine qui l’intéresse? Pendant ce temps, un étudiant moins fort, mais plus fortuné, qui est soutenu par ses parents réalisera le rêve que l’autre étudiant cité plus haut ne pourra pas réaliser… Est-ce la justice et est-ce souhaitable dans une société? Et finalement, le troisième scénario envisagé par le gouvernement ressemble au premier, car il s’agirait d’augmenter les frais de scolarité dès 2012 pour atteindre la moyenne canadienne en 4 ans (5350$ par session).

Maintenant que les choses sont remises en contexte, il est temps d’aller vers le cœur de mon message. J’ai écrit plus haut que l’éducation est ce qu’une société a de plus important à donner à sa jeunesse ; une société qui ne transmet rien n’existe plus à la génération prochaine. Quand on pense à la difficulté qu’ont les pays en voie de développement à garder leurs enfants sur les bancs d’école jusqu’à la fin du primaire, on se console bien d’avoir une éducation primaire, secondaire et collégiale presque gratuite, de qualité et donc accessible à tous les fils et filles du Québec peu importe leur condition. Seule la performance scolaire peut ouvrir ou fermer des portes chez nous. Toutefois, ce calcul et cette « fierté » de ce système d’éducation découlant de la révolution tranquille (on se souvient de la récente visite de monsieur Paul Gérin-Lajoie) ne tiennent pas compte des études universitaires. Elles sont pourtant très importantes, étant un facteur important d’ascension sociale et économique et sont surtout porteuses des rêves de milliers de Québécois et de Québécoises qui souhaitent aller à l’université pour concrétiser leurs rêves et ainsi s’accomplir comme individu de la façon qu’ils l’entendent et non selon la façon dont leur portefeuille l’entend ou comme les entreprises le veulent en s’ingérant dans les formations données au collégial et à l’universitaire au Québec. Malgré les promesses de réforme et de bonification de l’AFE (Aide Financière aux Études) du gouvernement (la même AFE que le gouvernement voulait couper en 2005… contradictoire, non?), un tel plan de la part de ceux qui personnifient l’État québécois, les libéraux, diminue l’accessibilité scolaire, condamne les gens à l’endettement et à plus de jobines et fait en sorte de créer l’injustice de favoriser la fortune des étudiants plutôt que leur talent et leur persévérance scolaire, ce qui est antipatriotique. On ne peut pas prétendre à l’amour ni même au moindre respect de la patrie quand on lui souhaite de si profondes injustices.

Un peuple instruit est un peuple armé. Quand la plus haute instruction possible est largement répandue dans une population. Une personne d’une telle société est capable d’un grand épanouissement intellectuel (arts, sciences, personnes de renom, innovations diverses etc.) et elle est aussi capable de se défendre ; elle est capable de ne pas se faire duper par les sophistes qui peuplent ce monde, car elle sait raisonner et elle se sait indépendante et capable de ne jamais se mettre en position d’asservissement. Dans les temps anciens, lorsque le peuple n’était pas hautement et largement instruit, remettre la destiné de sa nation à un roi était pensable et acceptable ; la seule raison pourquoi c’est aujourd’hui impossible, c’est l’éducation. Quand on voit ces peuples du tiers-monde vendre (ou plutôt se faire piller) leurs ressources et leur travail à des étrangers, on voit bien qu’avec l’éducation, la nation est bien défendue et que sans éducation, la nation est à vendre et en proie à tous ceux qui veulent profiter d’elle par cette faiblesse. On voit d’ailleurs, avec les gaz de schiste, que les Québécois sont capables de se mobiliser et de se positionner contre un dossier de ce genre et je doute que si nous étions un peuple obscurantiste et peu éduqué nous nous opposerions à ce projet. Nous voyons ici l’intérêt de l’éducation dans une société.

Or, cet intérêt ne semble pas préoccuper énormément notre premier ministre qui arrache sauvagement de l’argent et de l’éducation à sa jeunesse. Nous sommes le futur de notre pays et quand on s’attaque ainsi à sa jeunesse, on s’attaque à l’avenir de son pays. Alors qu’il est possible de financer un système d’éducation de qualité accessible à tous (car ce n’est là qu’une question de choix politiques et sociétaux), ceux qui dirigent notre patrie vont, en plus de créer l’injustice entre les étudiants (une chose contraire au serment de justice qu’ils ont tous fait aux dernières élections), mettre en péril l’avenir d’une génération et d’une nation en négligeant « l’éducation de la génération prochaine » : la base de la survie de toutes les sociétés et de tous les peuples.

Comme être qui s’estime profondément patriotique, je me sens interpelé par ce gouvernement qui va réduire l’accessibilité scolaire et endetter ma génération. C’est pourquoi je vous invite tous à contester le projet antipatriotique du gouvernement Charest, à mobiliser tous les moyens nécessaires pour faire entendre raison à ce gouvernement entêté qui refuse toute négociation. Les moyens déployés par le peuple du Québec et plus particulièrement par ses étudiants (la couche la plus touchée) pour contrôler son propre État et défendre l’accessibilité scolaire sont la SEULE variable influant sur notre victoire ou notre défaite face au projet du gouvernement

Étudiants et étudiantes, vous serez les acteurs de votre victoire ou de votre défaite et l’histoire vous invite à un rendez-vous durant lequel vous serez appelés à faire de grands choix pour défendre les acquis de notre société. Dans tous les scénarios, nous n’aurons personne d’autre à blâmer que nous-mêmes. N’oublions surtout pas que l’État du Québec n’est pas l’État d’un parti politique, mais bien l’État des Québécois ; il est à nous et nous ne devons pas le délaisser, car quand on ne s’occupe pas de la politique, c’est la politique qui s’occupe de nous.

N’oubliez pas, lecteurs et lectrices, qu’avant de s’approprier notre État, il faut nous approprier notre association étudiante qui est elle aussi à vous et qui est le meilleur moteur d’une telle lutte contre la hausse des frais de scolarité.


Symbole du carré rouge: Le carré rouge-fleur de lys. Parce que l’endettement étudiant est une cause qui concerne l’avenir du Québec tout entier. Une attaque à l’épanouissement de notre pays.

Citoyens, à nous le Québec!

Article: Jérémie Dunn

Photos: Laura Pelletier

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