Le Médium Saignant

octobre 5, 2011

Horreurs paradoxales

Filed under: Actualité et politique,Octobre 2011 — lemediumsaignant @ 4:02
Dans le journal La Presse en septembre passé, nous retrouvions à la une, en grand titre avec une image choquante d’une enfant qui tentait d’atteindre un jouet en plastique dans le haut d’une armoire, Horreurs payées par le Québec.

«Des garderies qui ne sont pas réglementaires, qui offrent une maltraitance aux enfants», comme explique l’article. On s’attend à de la violence, à des coups, des cris, une absence de repas équilibrés ou quelque chose du moins, de choquant, qui mérite amplement notre attention puisque ceci se retrouve en première page.  Malheureusement, non. On qualifie d’horreurs certaines garderies lorsqu’il y a simplement un vélo qui bloque un escalier, des jouets situés trop hauts sur une étagère et des fils électriques d’un piano en évidence.  Des journalistes ont visité 18 garderies, (Combien y a-t-il de garderies à Montréal? Est-ce un échantillon représentatif?) et 11 d’entre elles contenaient des horreurs et des dangers. Lorsqu’une échelle de risques potentiels est évaluée à une chaise haute abimée, il est facile de qualifier de dangereux n’importe quel domicile. Je cite ici les propos de la journaliste : «Locaux surchauffés, gardiennes dépassées. Il est 11h, par une rare journée ensoleillée de ce mois de mai. Dans le quartier Côte-des-Neiges, une femme nous attend. Elle nous ouvre la porte de son appartement de cinq pièces, dans lequel elle garde quatre enfants. À l’intérieur, on circule difficilement entre les enfants et les jouets tant l’espace est restreint. La télévision joue. Les rideaux sont tirés. Il fait chaud. On évalue l’endroit environnant avec des variables restreintes ; environnement trop chaud, télévision qui joue, jouets pêle-mêle». Ne dites pas que les parents de bambins s’empêchent de faire jouer la télévision parce que leurs enfants jouent? Ou de tirer les rideaux? Si ceux-ci ont des revenus restreints et réside dans un petit logis, est-ce que l’enfant recevra une horrible éducation qui fera de lui un adulte névrosé? Ce sont toutes des choses sans queue ni tête et qui n’ont aucun lien. Et puis, si le bambin est toujours soumis à des critères d’aseptisation intense, saura-t-il s’adapter à des situations quelque peu contraignantes dans son avenir ? 

Dans un reportage en ligne et dans divers articles de journaux africains, nous retrouvons en première page : «Trafic d’enfants en Côte d’Ivoire»; «Augmentation du nombre d’enfants soldats en Sierra Leone». Ici on ne retrouve pas d’images, par chance, car il serait inadmissible qu’un journaliste prenne des clichés des horreurs que subissent ces enfants sans les aider, bien évidemment.

« On fait travailler les jeunes enfants dans des plantations de cacao, avec des outils dangereux et sans repas. » 

Il y a longtemps que le trafic d’enfants existe en Afrique subsaharienne, seulement il est camouflé, bien caché, et le gouvernement instable peine à défaire ce réseau trop puissant.  Des multinationales viennent s’installer dans ces pays afin d’éviter une main d’œuvre trop coûteuse et des lois environnementales trop strictes, et recherchent des employés bon marché. Par exemple, Nestlé, cette compagnie fétiche des petits et grands occidentaux qui produit du chocolat succulent a, en arrière-plan, une histoire sanglante. Leurs employés viennent courtiser de jeunes enfants africains dans la misère, en leur promettant un avenir florissant, et bien entendu, une somme d’argent astronomique pour le reste de leur famille en effectuant un simple petit travail temporaire et facile. Et c’est dans un petit van que s’entasseront des enfants souriants, et heureux de pouvoir avoir accès à cette si grande chance. Pourtant, la multinationale arrachera bientôt leur sourire naïf. On fait travailler les jeunes enfants dans des plantations de cacao, avec des outils dangereux et sans repas. Il ressort, par exemple, que plus de 240 000 enfants de 9 à 12 ans – dont 12 000 victimes d’esclavage – travaillent dans les plantations de cacao de l’Afrique de l’Ouest. La Côte d’Ivoire à elle seule fournit près 40% du cacao vendu dans le monde. Nestlé, qui contrôle 25% du commerce mondial de cacao possède un siège social et deux usines dans ce pays, mais n’achète pas directement le cacao aux cultivateurs et n’en emploi aucun, seulement des enfants naïfs, faciles à amener dans cette controverse. C’est sans parler de l’effet économique sur le pays (Côte d’Ivoire, plus grand producteur de cacao); les agriculteurs ne peuvent plus concurrencer la multinationale, ils se font enlever leurs terres et ne peuvent plus répondre à leurs besoins primaires. Comme Nestlé le cite bien dans ses communiqués ; «Sans les africains, il n’y aurait pas de cacao. Sans le cacao, il n’y aurait pas de chocolat. Le cacao est au cœur de nos activités et est indispensable.» Et ici je n’aborde pas le nombre incalculable d’enfants soumis à des traitements horribles ; 10 000 enfants Sierra Léonais utilisent une arme quotidiennement dans ces horribles guerres civiles aux effets irréversibles. Sans compter les enfants qui meurent de faim en Somalie.

Alors, est-ce que le Québec se paie notre gueule et notre insouciance ou paie-t-il plûtot des garderies dangereuses ?

Kimmyanne Brown

Artiste: Andrée-Anne Mercier

 

Images: http://www.dailywordbuzz.com

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Un commentaire »

  1. très intéressant comme sujet!

    Commentaire par laurapelletierb — octobre 9, 2011 @ 5:00 | Réponse


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