Le Médium Saignant

octobre 5, 2011

Le Mois de la Photo à Montréal: Luis Jacob – Un éclair de lucidité

Filed under: Arts & culture,À la une,Octobre 2011 — lemediumsaignant @ 5:22
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Par Ashley Ornawka

Un ensemble d’expositions riche en contenu, le Mois de la Photo à Montréal, festival ayant lieu tous les deux ans (biennale), présente les travaux photographiques, sous formes d’images ainsi que de vidéos, de 25 artistes internationales. Les lieux de leurs expositions varient entre plusieurs endroits à Montréal, dont l’Arsenal, le Musée McCord, la Galerie de l’UQAM, la Maison de la culture Frontenac et quelques autres galeries d’art. Le Mois de la Photo propose « les transformations de l’image au sein de notre culture contemporaine » en créant un lien étroit entre le spectateur et l’œuvre. Le thème de la 12e édition, « Lucidité. Vues de l’intérieur », suggère de repérer nos conflits intérieurs, de les regarder en face, afin d’avoir une certaine « clarté d’esprit », d’où le terme de la lucidité.

« Sommes-nous le spectateur ou le sujet? Observons-nous ou sommes-nous observés? Regardons-nous l’art exposé ou sommes-nous l’art lui-même? »

L’œil, la brèche, l’image

 Au Musée McCord, l’exposition «L’œil, la brèche, l’image» ou «The Eye, The Hole, The Picture» de Luis Jacob, photographe torontois, entraîne une réflexion profondément philosophique et visuellement impressionnante. Sa collection « Album X » est formée d’une centaine de photos trouvées (c’est-à-dire prises par d’autres personnes) et assemblées sur 80 planches d’images plastifiées, une à la suite de l’autre, toutes clairement liées. Ce montage de photos raconte une histoire partant d’un simple crayon soutenu dans le vide, d’une idée, suivi de cadres noirs, représentant la peur du néant, dans lesquels de la lumière vient tranquillement s’incorporer pour ensuite inclure l’humain et ses sujets. Ce schéma élaboré est « un désir sincère de voir clair dans l’obscurité », une métaphore de la création artistique, tel le peintre qui peint sa toile de son pinceau, l’écrivain qui écrit de sa plume, l’artiste qui crée son œuvre. 

Photographie retrouvée par Jacob d’une femme portant un appareil photo sur sa tête ainsi qu’une robe entièrement fabriquée de pellicules, comme si elle devenait la photographie elle-même.

L’intersubjectivité[1] est d’ailleurs suscitée dans les images de Jacob, le spectateur se retrouvant à contempler une image dans laquelle des personnes contemplent elles-mêmes une image ou une toile, notamment connue (Monet, Mondrian, Borduas, etc.) Ce phénomène hyper-présent de la mise en abyme[2] demande ainsi la participation active de l’observateur, car il soulève la question de qui nous sommes par rapport à l’œuvre. Sommes-nous le spectateur ou le sujet? Observons-nous ou sommes-nous observés? Regardons-nous l’art exposé ou sommes-nous l’art lui-même?

Un festival de diversité éclatant

Néanmoins, Luis Jacob est un parmi plusieurs autres artistes dont les œuvres révolutionnaires reflètent perspicacement la condition humaine. À la Maison de la culture Frontenac, Kimsooja, américaine d’origine coréenne, présente six vidéos silencieuses (« Une femme-aiguille ») dans lesquelles elle propose, de manière inhabituelle mais brillante, la non-agression comme action sociale. À l’Arsenal, galerie d’art contemporain située dans l’ouest de Montréal, les créations d’une dizaine d’artistes sont exposées. Dans sa collection « Asylum », Roger Ballen, photographe sud-africain, expose un mélange photographié de « dessin, théâtre, peinture et sculpture » représentant la psyché humaine. « Les morts », série de photos prises par le canadien Jack Burman, illustre divers cadavres, squelettes et membres, ces derniers flottant dans un fluide conservatif, de façon détaillée, créant un sentiment d’inconfort, mais également de fascination chez l’observateur. Le spectateur se retrouve donc immergé dans plusieurs mondes différents et tous aussi uniquement complexes les uns des autres. Quoi qu’il en soit, les expositions du Mois de la Photo sont visuellement attrayantes ainsi que révélatrices, puis permettent de porter un regard introspectif sur soi-même et sur tout ce qui nous entoure.

 

La plupart des expositions photographiques dans le cadre du Mois de la Photo se déroulent jusqu’au 9 octobre. 

« L’œil, la brèche, l’image » de Luis Jacob jusqu’au 20 novembre au Musée McCord. 

Plus d’informations sur les lieux et heures d’ouverture des expositions disponibles sur http://www.lemoisdelaphoto.com ou dans le programme officiel de la biennale.

*Toutes les informations et citations sont tirées du programme officiel du Mois de la Photo à Montréal 2011. 

Images : google.ca


[1] Intersubjectivité : Communication entre deux sujets humains.
[2] Mise en abyme: Une représentation d’une œuvre à l’intérieur d’une autre du même type.
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