Le Médium Saignant

décembre 13, 2011

La fétichisation du livre au-delà des idées

Filed under: décembre 2011,Littérature,Technologies — lemediumsaignant @ 10:21

Par Pierre Parenteau

            J’ai lu sur un site internet dédié à un projet de musique et de littérature sur H.G. Wells que l’industrie du livre est aussi frappée que l’industrie du disque par la virtualisation des livres et sa distribution sur l’internet. On peut y lire que la numérisation des livres nous fait « perdre » la « connexion » entre le lecteur et son livre physique. On nous dit aussi qu’on y perd le poids du livre, le touché doux ou rugueux de ses pages et le son qu’elles provoquent en se frottant les unes sur les autres. On oublie de dire qu’un mauvais livre, qu’il soit physique ou non, reste mauvais, et qu’un bon livre, physique ou non, reste captivant lors de sa lecture. La « connexion » entre le livre physique et son lecteur n’existe pas, mais on vit dans un monde matérialiste qui se préoccupe plus du format d’un livre que de son contenu. Les livres, comme les CDs, les cassettes audio et bientôt les VHS sont fétichisés pour des raisons purement émotionnelles, matérialistes et monétaires.

« On oublie de dire qu’un mauvais livre, qu’il soit physique ou non, reste mauvais, et qu’un bon livre, physique ou non, reste captivant lors de sa lecture. »

            Un mauvais livre restera toujours un mauvais livre, peu importe qu’il ait été imprimé sur des feuilles d’or, relié avec de la soie et protégé dans une couverture de cuir rare. Ceux qui s’acharne à préserver un format désuet non seulement pollue inutilement, car avoir un eReader avec 100 livres dedans est moins polluant que d’imprimer, emballer et distribuer 100 livres, mais en plus perpétue des valeurs matérialistes qui n’ont rien à avoir avec le contenu et les idées.

            Je préfère de loin vivre l’expérience du contenu d’un livre et des idées qu’il porte que de vivre l’expérience tactile supposément « magique » d’ouvrir un livre et de sentir son poids et son odeur!!! Ceux qui me connaissent savent que je ris souvent de cette fétichisation en sentant intensément mes livres usagés achetés à 2$ au Village des Valeurs.

            Certains diront qu’un livre, ça dure une vie, alors qu’un eReader peut durer quelques années seulement. C’est vrai, sauf qu’à moins de toujours lire les mêmes livres en rotation, je ne pense pas que ça soit réellement utile d’avoir avec soi un dictionnaire de 1952, un livre de sciences périmé de 1972, ou tout autre livre désuet dont l’information n’est plus à jour. Les références intemporelles sont disponibles gratuitement sur internet, et ce, en tout temps, depuis le milieu des années 1990. Les versions papiers ont un intérêt que pour les archivistes de ce monde… Mais advenant un bris prématuré du eReader, les livres restent toujours archivés sur son ordinateur de bureau. Advenant le bris simultané de l’ordinateur et du eReader, les livres achetés sur internet sont archivés sur le compte d’utilisateur du magasin en ligne où vous avez acheté vos livres.

« Quand toute l’attention est mise sur le contenant, on s’informe peu sur le contenu, qui est souvent de plus en plus médiocre. »

            Pour ce qui est de l’intérêt monétaire, on comprend qu’un vieux livre a plus de chance de prendre de la valeur que si on nous fait croire qu’il en a déjà. Cela relève uniquement de la croyance en ce qui concerne les collectionneurs, mais aussi de la rareté, chose qui est inexistante avec la copie illimitée des livres virtuels. Donc pourquoi fétichiser les livres? L’une des réponses se trouve dans la valeur de revente d’un livre ; alors qu’un fichier n’est pas revendable, un livre ancien l’est. Comme par hasard, ceux qui maintiennent les croyances en ce qui a trait à la valeur du livre physique sont ceux qui en vendent.

            En ce qui concerne l’aspect matériel, si je dis que j’ai 3 000 livres, les gens vont être épatés! Tandis que si je dis que j’ai 3 000 livres en epub, les gens vont rester sur le neutre, car l’achat de beaucoup de biens ou de biens de grande valeur suppose un certain prestige, que l’on acquière seulement que par une évaluation monétaire de ce l’on possède: « J’ai le livre plaqué or de Jules Verne., wow! J’ai le livre en epub de Jules Verne sur mon eReader, OK… et de quoi ça parle? ». Quand toute l’attention est mise sur le contenant, on s’informe peu sur le contenu, qui est souvent de plus en plus médiocre.

            Voilà pourquoi je suis contre la fétichisation des livres. L’ordinateur est l’outil parfait pour se concentrer uniquement sur les idées, les bonnes idées, et pouvoir mener une vie humaine sans avoir à transporter avec soi des quantités énormes de matériel. Nous sommes tout de même rendus en 2011 puis même dans 2001 : l’Odyssey de l’espace, film de Stanley Kubrick sorti en 1968, il y avait des tablettes électroniques! Il est temps d’arriver en ville! 

Rihab Essayh

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