Le Médium Saignant

décembre 13, 2011

Nouveautés crues au grand écran

Filed under: décembre 2011 — lemediumsaignant @ 10:08

Rencontres internationales du documentaire de Montréal 

Par Laura Pelletier B

 

Oui, Monsieur Lazhar, c’était bon. Oui, les grosses productions américaines, c’est le fun. Laissez donc tomber le populaire, un instant, pour ouvrir votre esprit aux nouveautés cinématographiques moins médiatisées. Place au documentaire!

Quelque 115 films, dont 26 québécois, ont été présentés durant la 14e édition des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), qui se déroulait du 9 au 20 novembre dernier dans diverses salles de cinéma montréalaises. Plusieurs de ces films étaient présentés en primeur canadienne, ou même en primeur mondiale. Du long métrage politique et cru au court métrage artistique, il y en avait pour tous les goûts. De plus, beaucoup de réalisateurs étaient présents lors de la projection de leur film et ils répondaient aux questions du public à la fin de la séance, ce qui rendait l’expérience de visionnement encore plus enrichissante. Quelques films présentés lors du festival sont maintenant à l’affiche dans les salles de cinéma montréalaise, au plus grand plaisir des fans de documentaire.

Crazy HorseCrazy Horse, documentaire provocateur du réalisateur Frederick Wiseman, a ouvert le RIDM. Le festival accordait aussi une rétrospective à Wiseman en présentant dix de ses œuvres, dont Model, Domestic Violence et La Danse – Le Ballet de l’Opéra de Paris. Crazy Horse présente un célèbre cabaret parisien du même nom, un lieu à la saveur du Moulin Rouge version vulgaire. Le cinéaste a observé pendant dix semaines les préparatifs du dernier spectacle du cabaret. Le documentaire Crazy Horse afficha complet lors des deux représentations festivalières.

Certains cinéphiles ont toutefois trouvé le documentaire déplacé. Effectivement, deux jours après la première représentation, la direction du RIDM a reçu une lettre visant à remettre en question le choix du documentaire de Wiseman. Cette lettre a été signée par 20 cinéastes, producteurs, cinéphiles, avec l’appui de neuf autres personnes n’ayant pas vu le film mais croyant juste en l’idée d’organiser une rencontre sur la question. Ces personnes accusent le film d’être « une œuvre complaisante et sexiste » et demandent une discussion publique sur « la représentation des femmes à l’écran.» Ils accusent également Wiseman d’encourager les pratiques dégradantes du cabaret.

Pourtant, plusieurs visionneurs et la direction du RIDM considèrent que le film ne prend pas position sur le sujet, qu’il ne fait que présenter cette réalité. Le RIDM s’est également montré ouvert à organiser la discussion voulue par les contestataires. Bref, si la nudité ne vous choque pas, et que vous voulez faire face à une réalité parisienne provocatrice, Crazy Horse est désormais à l’affiche au Cinéma du Parc!

Inside Lara RoxxLe troublant Inside Lara Rox est maintenant à l’affiche au cinéma Parallèle. Ce film raconte l’histoire vraie et choquante d’une jeune montréalaise de 21 ans qui attrape le SIDA après deux mois de travail dans l’industrie pornographique. La réalisatrice québécoise Mia Donovan a suivi et filmé cette femme durant les cinq années qui ont suivi le scandale, entrant dans son intimité remplie de troubles physiques et psychologiques. Inside Lara Roxx a attiré l’attention de plusieurs médias canadiens, mais également celle des cinéphiles qui ont participé au RIDM. Le documentaire a effectivement affiché complet lors des deux représentations du festival. La réalisatrice était sur les lieux pour répondre aux questions des cinéphiles après la séance.

Mom et moi

« Ma grand-mère avait peur d’eux, mais moi, et les autres enfants du quartier, on avait une bonne relation avec les Hells. On les admirait, on ne savait pas qu’ils tuaient des gens! » – Danic Champoux

Ce film du sympathique réalisateur québécois Danic Champoux cassait avec le réalisme cru et austère de la plupart des documentaires présentés lors du RIDM. Danic Champoux raconte sa propre histoire, celle de sa jeunesse vécue à Sorel, en face d’un repère des Hell’s Angels (le titre du documentaire faisant référence au célèbre Maurice Mom Boucher). Il ignorait leurs crimes, à un point tel qu’il admirait ces personnages. Le film alterne entre des entrevues et des séquences animées, et il vise à cerner l’influence du groupe de motards sur la société québécoise. Les producteurs et le réalisateur étaient présents lors des représentations du film au RIDM.

À son arrivée à l’ONF, Danic Champoux a expliqué plus en profondeur la relation qu’avaient les bandits avec les enfants du quartier. « Ma grand-mère avait peur d’eux, mais moi, et les autres enfants du quartier, on avait une bonne relation avec les Hells. On les admirait, on ne savait pas qu’ils tuaient des gens!»

Si le sujet est abordé de manière humoristique, il reste très sérieux, comme l’a indiqué l’un des producteurs du film, Patrick Fauquemberge, avant de s’engouffrer dans l’obscure salle de l’ONF. « Au fond, ce n’est pas un sujet qui est drôle. C’est un film satirique.» Le film a d’ailleurs suscité de vives réactions auprès du public. « Après le film, les gens ont beaucoup de questions à poser et de commentaires à émettre. On dépasse largement le temps accordé par le festival!», a ajouté le producteur. Mom et moi, qui a rempli la salle deux fois lors du festival, sera présenté dans les cinémas dès le printemps.

Le doc au Québec

Sous l’ère de Stephen Harper, l’industrie du documentaire vit une crise. Pourtant, les Rencontres internationales du documentaire de Montréal n’ont pas du tout laissé paraître les ennuis des documentaristes. Au Québec, le documentaire a connu un petit moment de gloire avec l’arrivée de caméras légères et avec la popularité du cinéma direct dans les années 60, mais il est maintenant très difficile de percer dans le milieu. Rassembler les fonds nécessaires au tournage n’est pas un jeu d’enfant, ce qui pousse certains réalisateurs à devenir de plus en plus autodidactes.

« Je fais pas mal tout toute seule, donc la production en tant que telle ne me coûte pas cher. C’est plus la post-production qui coûte cher!», a révélé Johanne Fournier, la réalisatrice, productrice, monteuse, scénariste et caméraman du documentaire Le temps que prennent les bateaux, présenté deux fois lors du RIDM. La cinéaste indépendante a tout de même bénéficié de l’aide du Conseil des Arts du Canada et du Conseil des arts et des lettres du Québec pour financer son projet.

À partir du mois de janvier, l’ONF présentera des documentaires tous les premiers jeudis du mois dans le cadre de l’événement Docville. Ceux et celles qui veulent encourager l’industrie du documentaire, ou qui sont simplement attachés à la véracité de ces œuvres, seront donc servis dès le début de la nouvelle année!

*Toutes les images sont tirées du site du RIDM (www.ridm.qc.ca).

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