Le Médium Saignant

janvier 26, 2012

Guérison spirituelle et bien-être

Filed under: Violence domestique — lemediumsaignant @ 11:10
Tags: , , ,

Le Foyer pour femmes autochtones de Montréal

Article et photo par Ashley Ornawka

Milieu serein et sécuritaire où femmes et enfants peuvent se réfugier afin de récupérer des difficultés de la vie grâce au pouvoir régénérateur de la spiritualité et de l’art, le Foyer pour femmes autochtones de Montréal permet d’atteindre un certain équilibre.

Situé au cœur de Montréal, le lieu exact ne pouvant être révélé afin de ne pas compromettre l’identité des femmes, le bâtiment comporte quatre étages avec des chambres pouvant accommoder un maximum d’environ 18 femmes et enfants : une salle de jeu, une salle de détente avec tables de cuisine, télévision et ordinateur ainsi que des chambres réservées aux soins médicaux. Une visite des lieux permet rapidement de constater d’un esprit jovial, de festivité, car plusieurs décorations de Noël ornementent le foyer, certains même fabriquées par les femmes s’y réfugiant.  

Quelques réalités

54% : Pourcentage des femmes autochtones au Québec battues, étranglées, menacées avec une arme à feu ou un couteau, ou agressées sexuellement.

37% : Pourcentage des femmes non-autochtones battues.

Selon un rapport récent des femmes autochtones du Québec Inc. présenté au  Dr Yakin Ertürk, rapporteure spéciale des Nations unies sur la violence à l’égard des femmes, ses causes et ses conséquences, la population autochtone est de 72 770. Cependant, selon le site du gouvernement du Québec, cette population figure autour de 108 500. Bizarre, est-il, l’écart de plus de 30 000 entre leurs statistiques. Sur un ensemble de 43 communautés, il y a 11 nations autochtones: Abenaki, Algonquin, Attikamek, Cree, Malecites, Huron-Wendat, Mi’gmaq, Mohawk, Innu (Montagnais), Naskapi et Innuit. Dorénavant, pour une population entre 72 000 et 110 000, ce qui représente à peine le dixième de la population québécoise, le nombre de femmes autochtones battues est beaucoup plus élevé que celui des femmes non-autochtones. Le foyer pour les femmes autochtones de Montréal se spécialise dans le secours de ces victimes et les aident à trouver une paix intérieure.

La purification de l’esprit

Les plumes d’aigles symbolisent la paix et poussent les pensées et les prières vers le Grand Esprit.

Elle propage l’encens sur moi, silencieuse et concentrée, et […] je ressens tranquillement un sentiment de paix s’installer en moi.

À chaque matin au foyer, les femmes font un rituel de purification de l’âme : le « Smudge ». Le Smudge consiste à brûler de la sauge et à répandre, avec un bâton de fumigation, l’encens sur tout le corps. Chaque instrument impliqué dans ce rituel comporte une signification : la coquille pour l’eau, le bâton de fumigation, l’air, puis l’allumette utilisée pour brûler la sauge, le feu. La sauge et les cendres quant à elles, représentent la terre ainsi que le cadeau du Créateur. Cette pratique permet de chasser les mauvaises énergies et ainsi de purifier les pensées et l’esprit. « Lorsque je fais le Smudge, informe Lorraine Harrilal, agente de relève de première ligne au foyer, je commence avec le côté droit de la personne et descends de la tête aux pieds pour ensuite remonter le long du côté gauche. Le corps de la personne doit être complètement purifié, de la tête aux pieds, de face ainsi que de dos. D’autres peuvent aussi commencer par les pieds afin de laisser l’esprit léger ». Elle propage l’encens sur moi, silencieuse et concentrée, et je me retrouve enveloppée par la douce fumée à l’odeur épicée. Je ressens tranquillement un sentiment de paix s’installer en moi.  « Les mauvaises énergies rentrent dans le sol et sont ainsi purifiées, » rajoute-t-elle. J’imite ses démarches et elle est, à son tour, complètement enveloppée par l’encens de sauge et envahie par un sentiment de renouvellement.

…les femmes accueillent la lumière du jour à nouveau.

 «Elles renaissent.»

Un autre rite purificatoire existe : la suerie ou « sweat lodge ». Il prend place dans un tepee, dont le sommet est rond, et se déroule dans le noir total. Des roches spéciales, appelées « grand-pères », sont chauffées et produisent l’effet similaire à un sauna. « Chaque femme a sa propre roche », spécifie Nakuset, la directrice exécutive, dont le nom lui a été donné par un aîné (shaman) et signifie « le soleil » en amérindien. « Il faut que j’aille dans la forêt et choisir chaque roche, afin qu’elle soit représentative de la personne. » Le tepee dans lequel la suerie se déroule symbolise le ventre maternel. Une fois sorties des ténèbres du ventre maternel, les femmes accueillent la lumière du jour à nouveau. « Elles renaissent », révèle Nakuset. Le foyer utilise présentement un tepee situé au Jardin Botanique de Montréal pour cette cérémonie, mais seulement les membres du foyer y ont accès.

Atteindre l’équilibre grâce à une guérison fortifiée

Le foyer reçoit des infirmières de la CLSC afin de soigner les femmes et leurs enfants. Il y a un psychologue qui vient deux à trois fois par semaine et les coordinatrices sont en train de travailler avec Médecins Sans Frontières afin  qu’un docteur vient sur place. Les femmes et leurs enfants participent à des ateliers d’art-thérapie afin de s’exprimer.

«Il y aurait 250 tombeaux sans nom.»

– Carrie Martin

Une crise identitaire

Dans les années 1980, le gouvernement fédéral créa les écoles résidentielles, écoles destinées à éduquer les autochtones du Canada. Cependant, ces écoles furent dirigées par l’Église anglicane et devinrent bientôt des outils d’assimilation. Les enfants sont interdits de parler leur langue maternelle et se retrouvent dans l’impossibilité de communiquer. Ils sont séparés de leur famille pour apprendre des techniques agricoles. Le gouvernement et les Églises utilisaient ces écoles afin de supprimer les coutumes et la langue des autochtones, les transformant ainsi en citoyens productifs. Les lieux étaient peu entretenus et favorisaient la propagation de maladies fatales, telles la petite vérole et la tuberculose. Les travaux demandaient beaucoup d’effort physique et de nombreux enfants furent victimes d’abus physiques et sexuels. Conséquemment, plusieurs enfants sont morts. « Il y aurait 250 tombeaux sans nom, » divulgue Carrie Martin, coordinatrice de la réduction des méfaits. Heureusement, la dernière école ferme ses portes en 1996, mais le choc culturel hante toujours les générations des Premières nations. Le phénomène d’assimilation continua dans les années 1980, car 90% des enfants d’origine amérindienne furent adoptés. « J’étais élevée dans une famille juive, confie Nakuset, et même là, je ne trouvais jamais ma place. » Le peuple des Premières nations demeure en pleine crise identitaire. Les femmes au foyer tentent alors de redécouvrir leur culture, si souvent sur le bord de disparaître.

 Séjour au foyer

 Les femmes peuvent alors être à l’abri au foyer, la durée du séjour variant entre le temps que nécessite le rééquilibre de la vie de chacune et entre la capacité à trouver une résidence dans leur communauté, ce qui peut parfois prendre plusieurs mois, les familles étant placées sur des listes d’attente. Quant aux raisons du séjour des femmes, « il n’y a aucun cas qui est le même, elles ont toutes des raisons différentes, » déclare Nakuset. Par exemple, toutes furent victimes de violence conjugale et d’abus mental, physique et/ou sexuel. Les enfants, eux, bénéficient d’une éducation normale, allant à l’école publique durant la journée et permettant ainsi aux mères de se reposer. Une fillette âgée de deux ans, dont l’identité est secrète, encore trop jeune pour aller à l’école, secoue vivement les jouets et vire tout à l’envers dans la salle de jeu. Elle devient bientôt distraite, recherchant, dans le bâtiment, sa maman qui se repose. Lorsque celle-ci revient, le visage de l’enfant s’illumine, débordant de bonheur. « Mama! », s’exclame cette petite fille aux cheveux foncés, le sourire aux lèvres, ses yeux couleur noisette rayonnants de joie.   

Subventionnement du foyer

En ce qui concerne le budget du foyer, la plupart des fonds viennent de l’Agence de la santé publique du Canada ainsi que de l’Agence des services sociaux. L’organisation reçoit aussi des dons privés d’une générosité convenable. « Le gouvernement nous aide vraiment beaucoup, » révèle Nakuset sur un ton extrêmement sarcastique. Auparavant, le foyer recevait un gros part de leur financement du gouvernement fédéral jusqu’au jour où Harper décida de couper les fonds. « 134 organisations communautaires à travers le Canada ne reçoivent plus de fonds, » explique Carrie Martin. « 200 millions de dollars sont disparus, précise-t-elle. Ils étaient supposément destinés à Health Canada, mais je me suis renseignée et ils n’ont encore rien vu de cet argent. »

La population peut aussi venir en aide à ces familles en faisant des dons vestimentaires ou autres au foyer. Il est important de préserver la culture autochtone et de venir en aide à ce groupe défavorisé depuis des centenaires afin que femmes et enfants retrouvent leur culture ainsi qu’une paix intérieure, par le biais d’une vie stable et d’une tranquillité d’esprit.

Publicités

Laisser un commentaire »

Aucun commentaire pour l’instant.

RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :