Le Médium Saignant

février 14, 2012

Carcasses et carapaces

Filed under: Actualité Marie-Vic — lemediumsaignant @ 12:50
Tags: , ,

Husk par George Stamos

Par Ashley Ornawka

Montréal Danse célèbre ses 25 ans avec un deuxième projet tout aussi richement délicieux, présenté à l’Agora de la Danse.

Deux chaises, des talons hauts «brûlants» dans un foyer sur écran électronique et des masques roulés en boule ressemblant à des crânes déformés sont quelques accessoires faisant également partie du décor que George Stamos utilise de manière brillante dans sa nouvelle création, Husk (ce qui signifie enveloppe extérieure en anglais). Husk utilise un langage chorégraphique entremêlé au théâtre afin de produire une satire amusante de la société contemporaine. « J’aime la danse contemporaine nue. C’est comme un striptease mais plus classe… enfin, c’est supposé! » dit comiquement la danseuse Elinor Fueter lors du spectacle après le solo provoquant de Rachel Harris qui, après avoir mué sa deuxième peau, rampait sur le sol en récitant les paroles de la chanson Back in Black du groupe rock AC/DC en une voix inconfortablement dénaturée, compliments de Jackie Gallant, qui produit une musique lourde remplie de percussions et de guitare électrique en direct. Quant à Frédéric Marier, la manière qu’il gigote les fesses dans son manteau de fourrure pendant qu’il parle des coquineries de sa vie personnelle est irrésistiblement et ironiquement drôle provenant d’un grand bonhomme comme lui.

« J’aime la danse contemporaine nue. C’est comme un striptease, mais plus classe… enfin, c’est supposé! »  -Elinor Fueter 

Les danseurs exploitent les masques à leur pleine capacité, les mettant dans tous les sens, dans toutes les positions possibles sur leurs têtes. Le résultat? Le dos de l’interprète qui fait face au public et un visage souriant grotesquement vers la foule, masque après masque est empilé sur la tête, l’ombre monstrueux de ce personnage se dessinant sur les rideaux… Ces images hautaines nous montrent que ce que nous projetons n’est pas toujours ce que nous sommes. Lorsque Fueter tire avec difficulté un masque de son visage, elle nous transmet peut-être qu’il est souvent difficile à délaisser notre deuxième peau une fois que nous l’avons adoptée. Le sujet de la transsexualité est également abordé, car les transsexuels se sentent très mal dans leurs peaux et doivent avoir recours à des manières artificielles afin de se sentir naturels et à l’aise selon Stamos. D’ailleurs, les interprètes dansent souvent en duo, un voulant aller vers là, mais l’autre le guidant dans le sens opposé, contre sa volonté, lui disant constamment quoi et comment faire, où aller, comment bouger, marcher, respirer, et s’accrochant sur lui comme une autre peau.

Enfin, Husk nous montre à quel point nous adoptons un personnage dans la vie de tous les jours, qu’il est difficile de se sentir, comme l’expression classique le dit, « bien dans notre peau », d’être authentique et de montrer notre vrai visage au monde. Cette pièce nous fait réaliser que nous sommes parfois prisonniers à l’intérieur de notre carapace, la carcasse qu’est notre amas de chair. Au spectateur de décider s’il est possible de vaincre les contraintes du corps et de le considérer plutôt comme une extension de notre essence.   

Photo par Alejandro De Léon. © 2012. Tous droits réservés.

Publicités

Laisser un commentaire »

Aucun commentaire pour l’instant.

RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :