Le Médium Saignant

février 16, 2012

Dans ma peau – partie 4

Filed under: Édition spéciale février 2012,Littérature,Mini-roman — lemediumsaignant @ 10:12

* Lisez la troisième partie dans l’édition de décembre.

 Mini-roman par Jennifer Pratt 

Lorsque l’autobus est arrivé, nous avons levé la tête vers celui-ci. Il y avait déjà quelques personnes à l’intérieur. Marie est entrée la première, puis je l’ai suivie. Durant le trajet, nous n’avons pas échangé un seul mot. Moi, ma tête tournait, remplie de questions. Pourquoi ? Pourquoi voulait-elle m’amener chez elle ? Je ne comprenais pas vraiment la situation, ni mon empressement d’y aller. La réponse était chez elle, bien sûr. Mais à quel prix ? Je sais très bien qu’une fois engagé dans cette histoire, je ne pourrai pas en sortir. Suis-je vraiment prêt… Pour cela?

 

Art par Dariane Grégoire Poirier

Marie se déplace vers l’avant de l’autobus. Je suis ses pas. Le bus s’immobilise, nous descendons. Le silence est lourd et tendu. Nous arrivons  finalement à l’appartement.

–          Attends-moi ici deux secondes.

Je hoche de la tête. Elle entre, sans utiliser de clef, ce que je trouve bizarre. Le temps passe. Ses deux secondes sont pas mal longues. Je ne suis pas indiscret, donc je m’assois dans l’escalier, face à la porte, par lequel nous avons monté tout à l’heure. Un bruit me fait sursauter. Je tourne la tête vers la porte 288. Elle s’ouvre à la volée. Un homme dans la quarantaine en sort. Il se retourne vers l’intérieur de l’appartement.

–          Arrête de pleurer, tu es vraiment bonne à rien !

Il ferme la porte. Il me regarde d’un regard noir. Il me pousse, à l’aide de son pied, sur le mur, puis descend l’escalier. Aussitôt ce fou hors de ma vue, je me lève. Je m’approche de la porte, puis l’ouvre. L’appartement est sale, en désordre et répugnant. Je referme la porte. Je marche vers la première pièce qui est le salon. En fait, si on peut vraiment appeler ceci un salon. Un vieux divan est installé, en plein centre, et une petite télé est sur le sol. J’entends des pleurs venant de la pièce de droite. Je m’y dirige lentement, puis ouvre la porte. Je vois Marie, couchée à plat ventre sur un lit. Sûrement sa chambre. Il n’y a qu’une commode de vêtements, un bureau de travail et son lit simple. Je m’approche d’elle.

–          Marie ?

Elle sursaute en se levant sur ses pieds, le regard apeuré et désespéré.

Je remarque le sang qui coule sur sa lèvre enflée, son œil à moitié fermé, son bras recouvert de bleus, son chandail déchiré vers le bas, montrant une cicatrice sur son ventre.

–          Marie, c’est moi. Ne t’inquiète pas. Calme-toi.

–          Non! Comment veux-tu que je me calme ! Je vis avec un monstre !

Elle hurle. Hurle de douleur, de chagrin, de misère. Elle hurle pour avoir de l’aide. Je recule de deux pas. Elle pourrait devenir dangereuse envers moi, je ne prends pas de chance.

–          Marie, je te demande de te calmer. Je suis là pour t’aider. Assis-toi sur ton lit s’il-te-plaît.

Je dois attendre quelques secondes pour qu’elle exécute mes demandes. Elle finit par s’asseoir, détendue.

–          Olivier… Je…

–          J’aimerais que tu m’en parles uniquement lorsque tu seras prête. D’accord ?

Elle hoche la tête, puis commence à pleurer en silence.

Je ne peux pas la laisser ici. Pas dans ses conditions ! Je sais que je n’y suis pas obligé, mais je me suis embarqué dans cette histoire. Je ne peux pas fermer les yeux sur ce que je viens de voir. Ce serait trop dur pour ma conscience.

–          Va nettoyer tes plaies. Je t’attends ici.

Elle hoche, une fois de plus, la tête. Une fois qu’elle est sortie de la pièce, j’enlève mon sac à dos et le met par terre. Je retire mes livres. Je me dirige vers la commode, puis l’ouvre. Elle n’a pas beaucoup de vêtements, tant mieux pour moi. Je prends tout et remplis mon sac à dos. Je referme la commode. Je regarde dans les tiroirs du bureau. Tout ce que j’y trouve, je le mets dans mon sac. Elle n’a pas beaucoup d’effets personnels. Je pense bien que son père ne lui achète rien. Je remets mon sac sur mon dos, tiens mes livres dans mes mains et sors de la chambre. J’entends l’eau couler. Je me dirige vers la salle de bain. Marie y est, elle ferme l’eau et regarde mon sac.

–          Pourquoi est-il plus rempli que tout à l’heure?

–          J’y ai mis toutes tes choses. As-tu d’autres affaires qui ne sont pas dans ta chambre ?

–          Euh, non. Je n’ai pas grand-chose ici. Mais pourquoi ?

–          Tu viens habiter chez moi.

 

À suivre dans la prochaine édition du Médium Saignant…

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