Le Médium Saignant

février 16, 2012

Pique-nique sur la voie ferrée – partie 4

Filed under: Édition spéciale février 2012,Littérature,Mini-roman — lemediumsaignant @ 10:16

Mini-roman par Julie Houle-Serwatynski

Trente minutes plus tard, Nancy et moi étions en train de manger une grande pizza. Nancy était différente, elle n’était plus la jeune femme pince-sans-rire et exaltante de joie qu’elle a toujours été. Même si elle ricanait, je pouvais clairement voir la douleur qu’elle ressentait. Perdre sa mère, sa grand-mère, sa sœur ou sa meilleure amie, ça laisse un vide dans le cœur, car on a tant besoin de ces femmes dans notre vie.

– Lilya, raconte-moi ton urgence d’hier soir au bureau. As-tu encore ton job ?

– Heureusement, j’ai toujours mon travail de journaliste. J’avais prêté à Julian mon article sur la venue du Président Obama à New York et il l’a accidentellement donné au patron avec le reste de son portfolio. Le patron a dit que ses articles ne faisaient aucun sens, alors il les a tous mis à la déchiqueteuse.

– Julian est un journaliste brillant, il n’écrit jamais des conneries.

– Il écrit des conneries, car il est perdu dans ses pensées. Il a un mariage avec Jeanne Meckenzy à préparer.

– Lorsque nous étions à l’école secondaire, j’étais certaine que Julian et toi alliez finir par vous marier.

– Je pense que tes prédictions n’ont pas finis par être véridiques.

– À toutes les fois que j’ai vu Jeanne, elle m’a semblé ne pas être le genre de femme de Julian. Elle a au moins vingt ans de plus que lui et elle est complètement snob.

– Je crois qu’il les aime matures et sophistiquées.

Quelqu’un mit le pied dans l’appartement. C’était un ravissant jeune homme latino en habit bleu marin. Éric le dieu du Sud était le surnom que Nancy et moi lui donnions au secondaire. Il travaillait maintenant dans une firme d’assurance et il était le fiancé de ma  meilleure amie atteinte de leucémie.

– Est-ce que ma pétunia est à la maison ?

Il ne savait pas qu’il y avait un visiteur dans son appartement.

– Bébé, pourquoi tu es entré aussi tôt ?

– Je voulais venir prendre soin de toi. Ces derniers jours, tu m’as semblé être malade, même si tu me dis toujours que tout va bien. Oh, je vois qu’on a de la visite, je suis content de te voir Lilya.

– Salut Éric. Nancy, tu as un petit ami très soucieux et affectionné.

– Je sais, je l’aime.

– Je vais vous laisser, car je dois rentrer chez moi. Ce soir, je monte sur scène. Ça va être une soirée spéciale, car Avan et Kat viennent m’encourager. Nancy, prends soin de toi et appelle-moi quand tu veux. Au revoir!

*** 

Art par Vincent Turcot

Après le spectacle, nous avons été acheter des mets chinois et nous avons célébré. Il était passé onze heures et tout le monde était affamé.

– Maman, je veux être une artiste, tu es si belle sur scène.

– C’est une idée Avan, nous devrions peut-être l’inscrire à des cours de chant.

– Papa, dis oui.

– Est-ce que c’est vraiment ce que tu veux Katherina ?

– Oui !

– On va voir.

***

Aujourd’hui, je me rendis à mon café préféré pour écrire un article. Le café Birch Coffee, situé à l’intérieur de l’hôtel Gershwin, émanait une odeur inspirante. C’était l’endroit où il y a presque sept ans, j’avais rencontré Avan. Ce jour là, le regard d’Avan m’avait mise en transe. Je fréquentais ce café, car j’aimais entendre les vieilles femmes sans maquillage qui parlaient sur un ton élevé de leurs rêves et de leurs chats. J’aimais l’odeur du café expresso noir que les hipsters buvaient en se trouvant excentriquement différents. J’adorais revoir les visages des clients habituels qui lisent le New York Post ou le New Yorker. J’aimais même voir l’itinérante à l’entrée du café qui sourit de son plein gré et qui chante des chansons de Louis Armstrong en attendant son prochain repas. Je ne connais aucun de ces gens, mais ils me rendent si créative. Mon portable était ouvert et je faisais une recherche sur la leucémie. J’entendis quelqu’un qui émettait des soupirs de désespoir en arrière de moi. Il portait un manteau blanc et des pantalons couleur cuivre. Je le reconnue, c’était un jeune acteur de la télésérie Glee. Son nom était Chris Colfer.

– Salut, je m’appelle Lilya Saint-James. Vous êtes un acteur sensationnel. Pourquoi, vous n’avez pas le sourire ?

–  Enchanté, je suis Christopher Colfer et je suis déçu, car je pensais avoir une chance avec quelqu’un et il ne s’est même pas présenté à notre rendez-vous. Il vient de m’envoyer un SMS disant qu’il est désolé et qu’il ne peut pas venir, car il doit travailler.

– Réponds-lui que tu as rencontré quelqu’un pour qu’il se sente mal.

 – Je ne sais pas si j’ai envie de l’attendre encore. S’il m’aimerait, il serait ici.

– Je ne sais pas s’il t’aime, mais je suis une experte dans l’art d’attendre.

– Attendre c’est le pire.

– Oui, mais parfois ça vaut la peine.

– Pas cette fois-ci ma belle.

Alors nous avons parlé pendant un très long moment. J’ai trouvé le sujet de mon article : La patience rend le cœur plus robuste. Ensuite, nous avons fait une promenade sur Broadway pour admirer les théâtres. Il ne savait pas qui j’étais et c’était bien comme ça.

À suivre dans la prochaine édition du Médium Saignant…

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