Le Médium Saignant

octobre 22, 2012

Rouge sur blanc

Filed under: Littérature — lemediumsaignant @ 7:23

Rouge sur blanc

C’était un froid avant midi printanier. Malgré la saison relativement avancée et l’expérience d’une canicule déjà faite, dame nature avait décidé de nous gracier de sa chaleur dans l’une de ses multiples sautes d’humeur et préféré nous donner une tempête de neige. Les vents déchainés soufflaient tant que le plus puissant des cris n’était qu’un murmure, et les souffles froids levaient les flocons pourtant grossiers, lourds et humides pour instantanément les transformer en lames de rasoir. Regarder devant soit était un exploit tant la poudrerie était dense.

 

C’était le temps parfait. Trahies par la pointe de leurs ailes, je les aperçu : de grandes oies blanches se protégeaient du froid mordant en se rapprochant en groupes de quelques centaines. Leurs caquètements inaudible à cause du vent, ces nobles oiseaux migrateurs auraient fait, le temps aillant été plus clément, un vacarme incroyable qui aurais retenti jusqu’aux berges du fleuve, pourtant loin de plusieurs kilomètres. Vraiment, le temps était parfait : si nous ne les entendions pas, elles non plus ne nous entendraient pas venir, et déjà dures à voir pour mon père et moi même, nous le serions encore d’avantages, cloitrés des couleurs des lieux.

 

Alors que l’approche me parût une éternité, prisonnier volontaire du sol, j’étais collé contre cette boue froide qui constituait le champ en plus des grandes taches de blanc. Centimètre par centimètre, je les approchai jusqu’à ce que je puisse voir leurs yeux. Tout ne fut alors que bruits et sang. Alors qu’un pincement me prenait au cœur, je tirais l’index, activant ce mécanisme développé sur des siècles capable de tuer en un coup tout ce trouvant dans son cône d’acier et de feu.

 

Le sang jaillit, les corps tombèrent.

 

Ces magnifiques oies blanches, nobles migrateurs, le plumage blanc pur taché de rouge, quittèrent l’existence vivante en une fraction de seconde. J’eu un court regret de mon acte, immédiatement suivi de la satisfaction et du plaisir que procurent une chair qui n’a pas souffert de l’industrie alimentaire et le sourire de mon père, me voyant pour la première fois descendre avec succès un gibier. La tradition continuera.

Par Guillaume Fraser

Publicités

Laisser un commentaire »

Aucun commentaire pour l’instant.

RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :