Le Médium Saignant

avril 30, 2013

Les chemins qui marchent à l’Espace libre

Filed under: Actualité Marie-Vic — lemediumsaignant @ 6:36

Par Steave Ruel

Pour la Saint-Valentin, en plus d’un souper d’amoureux assez agréable, j’achetais à ma copine un billet pour m’accompagner voir la pièce de théâtre Les chemins qui marchent présentée à l’Espace Libre. C’est en allant chercher les soi-disant billets à la billetterie que j’ai réalisé que j’allais vivre quelque chose de spécial. Arrivé là-bas, je cherche la billetterie. Je suis au bon endroit puisque les affiches présentent plusieurs spectacles, mais les portes n’ont pas de poignées. Je décide donc de passer par le stationnement où une indication m’affirme que la billetterie est plus loin derrière. Comble de surprises, j’arrive à une porte avec une poignée. Je me demande alors si je rentre ou si je cogne. En homme poli que je suis, je décide de cogner. Interlocuté par un membre du personnel qui passait aussi par là, celui-ci me conseille d’ouvrir la porte si je veux avoir des résultats. En ouvrant la porte, j’y trouve une billetterie tout ce qui a de plus normal. Pourtant, je m’attendais à un plancher sans tuile ou un plafond troué. C’est à partir de ce moment que l’intrigue s’est insérée en moi et que j’ai commencé à espérer le 22 mars avec impatience.

Il est 19 heures, on est vendredi soir. La tête vide, on saute dans les transports en commun qui nous mèneront à l’Espace Libre. C’est la première fois que je vais voir du théâtre à cet endroit. Les questionnements bouillent déjà dans ma tête. Je tente de m’imaginer quelle sorte de mise en scène le polyvalent Daniel Brière (Le frisé des Parents) a créée. C’est qu’on m’a déjà parlé de la mise en scène. Les chemins qui marchent est le deuxième volet d’une série de trois spectacles sur l’histoire révélée du Canada français. Le premier volet était Invention du chauffage central en Nouvelle-France et une enseignante à moi était allée le voir et me l’avait conseillé sans contredit. Elle m’avait parlé d’une sorte de cage en verre et de la neige qui tombe. Je me demandais comment c’était possible.

Finalement, on arrive à l’Espace Libre. À l’entrée, on est fort bien accueillis et on nous amène à l’entrée du couloir menant à la salle pour l’attente du café gratuit qui nous est offert. Je suis à l’aise et miraculeusement, malgré le terme Théâtre expérimental, je ne suis pas nu et mes confrères et consœurs non plus. Tout le monde est habillé. L’homme devant moi est un Français. Loin d’être inintéressant, il évoque son grand intérêt pour les informations bibliographique qu’on retrouve dans un pamphlet offert à l’entrée et qui ont mené à un texte très solide écrit par Alexis Martin (l’ami du frisé des Parents). Je l’écoute et il finit par dire à sa femme « Mais regarde, c’est le commandant Berrhof.» Il nomme ensuite tout les noms qu’il peut :  « Normand D’amour ? Paul Doucet ? … » et je me retourne vers ma blonde et lui dit : « Dis-moi pas que Réal Bossé est dans mon dos. » Effectivement, Réal Bossé était dans mon dos. Voir un des meilleurs improvisateurs du Québec en real (sans jeu de mots plate … ), ça commence bien une soirée en tit-pépère ! On finit par aller s’asseoir. La salle de l’Espace Libre où l’on se trouve est très intéressante. Les bancs sont comme des bancs d’estrades rembourrés, ce qui accentue la proximité avec les autres spectateurs. Devant nous, la scène et, derrière la scène, on y retrouve exactement le même principe : plusieurs bancs sur lesquels le reste du public s’assoit. On est donc confrontés à une sorte de tableau plein de gens qui nous regardent et qu’on regarde. Un face à face qui donne déjà un ton à la vision du théâtre que prône l’endroit : « Notre politique est de soutenir des choix esthétiques radicaux, des prises de parole audacieuses tant sur l’art que sur le monde, de favoriser l’expérimentation et la recherche, le séjour plutôt que le passage, le choc artistique plutôt que la confirmation de valeurs reconnues, et finalement, le plaisir plutôt que la performance. » (http://www.espacelibre.qc.ca/espace-libre) Je n’avais jamais été aussi excité qu’une pièce commence. La mise en scène était très simple au premier coup d’œil. Un plancher de bois franc, quelques bancs, un poêle à bois, une boite à lunch, les fameuses deux vitrines qui formaient une sorte de cage de verre et deux bassins d’eau de chaque côté. De l’eau a commencé à tomber dans les bassins. Il pleuvait ! Une mise en scène polyvalente qui utilisait des médiums comme des néons mauves, des micros, de la projection et bien plus encore. La pièce commence avec l’excellent (c’est que j’ai vraiment cherché un mot supérieur) François Papineau (qui n’est pas un comédien des Parents, mais qui est directeur dans unité 9) qui incarne Frontenac avec panache. Le ton était lancé et la distribution fut admirable toute la pièce. On a eu le droit à l’histoire de nos cours d’eau québécois représentés par une panoplie de personnages tels que les Amérindiens, les Anglais et les Canadiens-français. Ce n’est pas tout, Alexis Martin est reconnu pour son engagement social. Ce fut donc avec une critique de l’exploitation actuelle de ces cours d’eau (et un petit peu de mépris pour les méchants Anglais capitalistes) qu’il démontrait notre dépossession de plus en plus alarmante face à la privatisation de nos étendues d’eau. Loin d’être terne et morne, la pièce prévenait un cynisme éminent par ses multiples utilisations de techniques théâtrales. On y a vu du chant, de la projection, de la danse, etc. Ce fut un moment mémorable qui ne demande qu’à être vécu et revécu.

En rentrant chez moi, j’ai eu l’impression d’y avoir découvert une multitude de facettes du théâtre qui sont venues remplir cette tête vide que j’avais au début de la soirée. J’en suis venu à questionner le théâtre. Quel est le but premier du théâtre ? Tout comme les autres sortes d’art, il y a des genres de théâtre et je crois avoir trouvé le mien. Celui qui fait vivre des expériences uniques à chaque représentation. Celui qui se cherche et se trouve en même temps. Mon expérience à L’Espace Libre était unique et je vous conseille d’aller y faire un tour.

ESPACE LIBRE
1945, rue Fullum, Montréal
Métro Frontenac

Publicités

Laisser un commentaire »

Aucun commentaire pour l’instant.

RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :